Article paru initialement dans le numéro de septembre de la revue La Rumeur du Loup

L’internet enchine est cachée derrière ce qu’on appelle couramment « le grand firewall de Chine ». Ce pare-feu informatique fait partie d’une stratégie plus large de contrôle de l’information. Le« Projet Bouclier Doré », développé au début des années 2000, exerce un contrôle et une censure sur le réseau interne et l’usage qu’en font les citoyens chinois. De l’autre, le « Grand Firewall » filtre le trafic provenant de l’extérieur, comme le sont par exemple les sites Facebook et le New York Times. Ce blocus a pour but de permettre un plus grand contrôle sur la population, bloquant l’accès à du contenu considéré comme étant critique du régime.

Google développe un « engin de censure »

Au mois d’août, le site web « The Intercept » a publié un article révélant, à l’aide d’une fuite de documents internes, que la compagnie Google développait en catimini une application Androïde proposant un engin de recherche « censuré » pour le marché chinois.

Google était présent en Chine entre 2006 et 2010 et s’était attiré de vives critiques pour sa complicité dans la censure imposée par le régime Chinois. En 2010, la compagnie de Mountain View avait décidé de se retirer de la Chine. Mais, il faut croire que l’appât du gain que représente 750 millions d’internautes a eu raison de leurs principes.

Selon les données publiées par « The Intercept », le travail sur une application de recherche respectant les volontés du Parti Communiste Chinois aurait débuté au printemps 2017. Ce projet, appelé « Dragonfly », implique une centaine d’employéEs, et était gardé secret.

Cette application serait en mesure d’identifier les sites bloqués par le « Grand Firewall » et omettre ceux-ci des résultats de recherche. Elle pourrait aussi être en mesure de bloquer certains termes de recherches « sensibles », comme les droits humains, le mouvement Falun Gong ou la brutalité policière, qui n’afficheront alors aucuns résultats. Ceci s’appliquerait également aux recherches d’images.

La colère des employéEs

Les révélations de « The Intercept » ont causé une vague d’indignation à l’intérieur de la compagnie. Les groupes de discussions internes étaient le théâtre de vif débats. Une lettre a été circulée entre les employéEs dénonçant ce projet comme étant contraire aux règles d’éthique de Google. Ils et elles revendiquent plus de transparence et le droit d’être consultéEs et exigent de savoir ce qu’ils sont appeléEs à construire.

Cette opposition interne de la part d’employés de Google rappelle une révolte interne qui a eu lieu plus tôt cette année et a mené à l’annulation du projet « Maven », un contrat pour développer de l’intelligence artificielle pour les drones de l’armée américaine. Une campagne soutenue par des milliers d’employéEs, qui refusaient de participer au « business de la guerre », avait poussé la compagnie à annuler le contrat.

Google n’a pas encore fait de déclaration officielle, affirmant qu’elle ne commente pas ses projets futurs. Dans une rencontre interne, SundarPichai, le PDG, aurait déclaré que le projet était « exploratoire », ce qui semble en contradiction avec les documents internes publiés par « The Intercept » et qui faisaient état d’un produit qui devait être prêt bientôt.

L’avenir nous dira si l’opposition interne sera suffisante pour faire reculer Google dans son projet de développer un engin de censure. Nous pouvons cependant nous réjouir de voir les employéEs du géant informatique agir à titre de conscience morale.